Tout d’abord, désolé pour le délai! Durant les semaines à venir, je vais avoir un accès plus stable à Internet et je vous promets d’écrire plus fréquemment!
Suivi du stage
Voilà, c’est officiel. Ce matin, j’ai fait mes adieux à ma famille d’accueille ainsi qu’à tous mes amis de Titao. Malgré que je n’aie aucun recul sur la situation, je suis extrêmement satisfait de mon séjour là-bas. J’ai appris une foule de choses, autant au plan culturel qu’au niveau du développement. J’ai tenu des conversations inoubliables avec des personnages vraiment fascinants. De chefs coutumiers jusqu’au représentants d’ONG, passant par de simples producteurs de pommes de terres, ma vision du monde a été bouleversée. Je pourrais vous parler des difficultés que rencontrent les producteurs à prévoir à long terme, ou encore des commerçants qui utilisent cette faiblesse pour acquérir des sommes qui pourraient faire rêver la plupart des Canadiens. Cependant, c’est toujours la même phrase qui me vient en tête : « Il faut le voir pour le croire ». Ce serait irrespectueux envers l’univers burkinabé que de le résumer en seulement quelques lignes sur une page Internet.
Rue principale de Titao lors du jour du marché
Pour revenir à quelque chose d’un peu plus tangible, je suis également assez satisfait du travail que j’ai effectué à Titao. Mes collèges semblent également avoir appréciés mon travail, du moins de ce que j’ai pu en tirer des discussions qui se sont tenues suite à la rencontre de restitution de mon travail. Pour la suite des choses, une grande rencontre va se tenir dans les jours à venir et celle-ci devrait déterminer mon travail pour les semaines qui suivent. Pour tout dire, j’attendais cette réunion avec impatience depuis plusieurs jours et je suis très enthousiasme d’y participer. Je travaille au sein d’une structure très performante pour ce qui est de la lutte contre la pauvreté et le rôle qui m’est attribué me motive vraiment. Je suis en mesure de voir que mon travail a un impact réel sur le terrain, aspect qui est selon moi très rare dans le domaine du développement. Sans embarquer trop dans les détails, on parle même d’incorporer mon travail au Guide CEF qui sera bientôt en circulation dans tout le Burkina et qui servira de modèle pour les organisations qui veulent se lancer dans le Conseil à l’Exploitation Familiale (CEF).
Seul problème à l’horizon, ma tâche ici ne fait que débuter et il ne me reste plus qu’un seul mois pour m’en acquitter…
De gauche à droite: conseiller de l'union, animateur maraîcher, paysans et animateur en conservation des eaux et des sols (CES)
Coté personnel
À ce niveau, pour être honnête, les choses se sont un peu gâtées durant les semaines passées. Tout a commencé par une chute brutale au niveau de la santé. Infections après infections, pierres aux reins, problèmes digestifs et d’avantage, le mois dernier n’a pas tout à fait été tendre avec moi. Morale de l’histoire, écouter ma petite maman et redoubler de prudence concernant ma santé. Je vais également aller passer un examen complet dans les jours à venir pour en avoir le cœur net. L’endroit où je vais loger dans les semaines à venir (en ville ou en milieu rural) va dépendre des résultats de cette visite à l’hôpital. Pour l’instant, je séjourne au foyer de l’organisation pour laquelle je travaille.
Un entraînant l’autre, le moral a également suivi la tendance et s’est retrouvé assez bas. Mon départ de Titao et mon retour au Canada qui arrive ont également contribué à faire que les petites choses banales de ma vie canadiennes me manquent de plus en plus. Également, après deux mois de découvertes culturelles, la vie ici est devenue plus ordinaire et n’a rien avoir avec ses débuts que je qualifierais de « romantiques ». Par contre, la situation est loin d’être alarmante et m’indique seulement que je dois m’ajuster. Retrouver la santé, aller chercher mon énergie dans le travail et préparer mon retour au Canada sont en haut de ma liste de priorités.
Sow et Papa, mes deux coups de coeur de Titao
Développement durable vu de l’intérieur
Alors que j’envisageais faire un article sur la conservation des sols et des eaux au Burkina (une des nombreuses activités menées par la FNGN), j’ai tout récemment vécu une expérience très troublante et qui m’a fait beaucoup réfléchir.
Durant les derniers jours de mon séjour à Titao, j’ai décidé d’aller visiter Rambo, le village d’origine de mon père d’accueil. Il faut d’abord savoir que l’homme en question est un très grand commerçant et est reconnu dans tout le nord du Faso. Ne parlant que certaines langues locales essentielles à son travail, je n’ai jamais eu l’occasion de vraiment discuter avec lui.
Le soir, arrivé à Rambo, le père vient s’asseoir prendre le thé avec moi et son fils. C’est là qu’il sort un petit caillou de sa poche. Peut-être petit, le caillou était en fait de l’or véritable et valait à lui seul 1 000 000 FCFA (environ 2 500 $ Can). Après avoir causé un peu, par l’intermédiaire de son fils, j’apprends qu’il possède plusieurs mines d’or dans les environs. Mais voilà qu’il me fait sa proposition. Prendre contact, il achète de l’or pour moi et on passe par le Ghana pour faire le trafique entre le Burkina et le Canada. Me promettant que cette pratique pourrait me rendre riche, il me laisse sa carte d’affaire et me demande de réfléchir à sa proposition.
Ibrahim esseyant d'entrevoir la profondeur du trou
Ça fait peur non? Normal que les travailleurs doivent se droguer pour rentrer dans ces trous!
Ça pour y avoir réfléchi, j’y est réfléchi! Ayant visité des sites d’or, je peux clairement dire que d’embarquer dans un tel commerce c’est carrément approuver les conditions horribles dans lesquelles évoluent les « mineurs traditionnels ». C’est avec un peu de recule que j’ai vraiment compris l’enjeux éthique de cette question. Celle-ci représente en fait un des causes fondamentales de la situation actuelle dans ce fameux « tiers-monde ». Depuis la colonisation, l’exploitation de ses ressources, ou plutôt le vole de ses ressources, effectué par les pays riches à contribuer à plonger le Burkina dans une pauvreté extrême. Que ce soit l’exploitation des ressources humaines (la traite d’esclaves) des siècles antérieurs ou encore l’exploitation des ressources naturelles du siècle présent, le problème reste le même. Alors, au lieu de faire mon hippy et de simplement faire la morale à mon père d’accueil, j’ai décidé d’aller plus loin et de comprendre les enjeux réels du problème :
Comment cette exploitation est-elle possible?
Es-ce que cette exploitation des plus pauvres par les plus riches est inévitable?
Quels sont les recours des plus démunies?
Si l’on refuse d’exploiter, va-t-on forcément être exploité par autrui?
Comment une exploitation peut-elle être saine?
Selon vous?
J’ai moi-même cherché réponses ici auprès d’acteurs sur le terrain mais j’aimerais, avant d’exposer leurs dires, lire vos réflexions. Aller, on prend un 5 minutes et on écrit un commentaire, il n’y a pas de mauvaises réponses ni personne pour vous juger.
-Pascal
