Leçon de la semaine : ne jamais approcher un âne par derrière. Sinon outre le fait que j’ai un énorme bleu sur la cuisse parce que je me suis fais ruer par cet âne (encore content qu’il n’est pas atteint des parties disons… plus douloureuses), je suis en très bonne santé. Je fais du jogging tous les matins et joue au foot avec les enfants tous les soirs. Je dirais même que j’ai un régime de vie ici au Burkina beaucoup plus équilibré qu’au Canada! Je dois quand même mentionner que la nourriture ici est par contre beaucoup moins variée. De la bouillie de riz tous les matin, de la farine de sorgho mélangée avec de l’eau tous les midis et tous les soirs. Encore heureux que je me sois amené quelques multivitamines pour compléter le tout. Côté psychologique, je dois avouer que mes proches commencent sérieusement à me manquer et que je m’ennuie également de plusieurs petites choses de mon quotidien canadien. Beaucoup dissent que c’est une réaction tout à fait normale qui se produit durant le premier mois à l’étranger donc je ne m’en fais pas trop avec cela. Les gens ici sont tellement attentionnés et accueillant que je suis sûr que tout ira très bien pour les prochains mois à venir. En plus, je commence à bien me débrouiller en mooré! Moore yaa nana!
Suivi du stage
Pour ce qui de l’immersion culturelle, je ne pourrais pas demander mieux. J’ai fait une foule d’activités vraiment intéressantes cette semaine. Écouter un match de foot avec le chef du village et ses amis, aller faire un tour au marché principal de Titao qui a lieu une fois par semaine, visionner le film de Sankara (regretté ex-président du Faso qui a fait la révolution en 83 et a été assassiné en 87) et ultimement participer à une nuit culturelle à la maison des jeunes. De tout ce que j’ai fait au Burkina jusqu’à maintenant, cette nuit a été de loin la plus intéressante culturellement parlant. Danse, musique et humour burkinabé, le tout organisé par les élèves du lycée communal de Titao. J’ai été réellement surpris à quel point l’humour d’ici diffère de celui du Canada. On devait être environ 300 spectateurs et quand je trouvais une blague drôle (avec mes aptitudes en mooré très limitées), j’étais le seul dans l’assistance à rire. Le seul blanc d’ailleurs. Par contre, alors que je trouvais certaines blagues ridicules, tout le monde riait de bon cœur. Ils ont même ri sur l’équivalemment d’une joke québécoise de bébé mort! C’était fou de voir les femmes en train d’allaiter et de rire lorsqu’on parle de bébé se fessant égorger. Bref, très dépaysant comme soirée!
Au niveau du travail, je suis vraiment content de la tournure des choses. Alors qu’on m’avait à plusieurs reprises dit qu’au Burkina je ne devais pas m’attendre à travailler avec du monde productif, mon collège ici est vraiment tout le contraire. En une semaine, nous avons déjà passé à travers d’environ la moitié des objectifs que l’on s’était fixé au début de mon placement. Nous sommes déjà en train de finaliser un outil pour faire la gestion du tracteur que la ville de Titao s’est procurée il y a quelques mois. Nous avons également fait plusieurs sorties de terrain pour rencontrer des producteurs et j’ai pu m’entretenir (par le biais de mon collège qui fessait la traduction) sur le conseil de gestion avec eux. Pour ceux qui ne connaissent pas le conseil de gestion, c’est un service qu’offre l’union paysanne avec laquelle je travaille et qui permet aux producteurs de faire des prévisions sur leurs productions basées sur un suivi que fait un conseiller avec eux. Ma tâche première au Burkina est d’identifier les failles de ce service et par la suite faire des recommandations au niveau de la Fédération Nationale des Groupements Naams (FNGN). C’est cette entité qui supervise l’union avec laquelle je travaille. Donc, beaucoup de blabla pour tout simplement vous dire que mon travail ici débute sur une très bonne note.
Développement durable vu de l’intérieur
Aide matérielle ou aide technique? Dons d’argent, de machineries, construction d’infrastructures ou bien développement de capacités et support technique? Qu’es-ce qui est le mieux?
Voilà, je me suis posé ces questions en travaillant sur la gestion du nouveau tracteur. Celui-ci a en fait été acheté par la ville en collaboration avec les Suisses. Ceux-ci sont très présents à Titao. Ils ont construit bons nombres d’infrastructures (pharmacie, écoles, centre médicale, etc.) et ont financé plusieurs projets (tracteur, motopompes, etc.). À première vue, nous sommes portés à applaudir ce travail colossal qu’ils ont fait ici. Par contre, en regardant de plus près, on se rend compte qu’ils ont omis plusieurs points importants dans leur approche.
Si l’on revient au tracteur, ce qu’on ne sait pas, c’est que celui-ci n’a pas quitté la cours de l’union depuis qu’il est arrivé. Pourquoi? Personne n’est en mesure de le conduire, aucun manuel d’instruction, aucune manière de savoir comment le réparer si il brise, etc. Fait intéressant à noter, il y a déjà trois autres tracteurs à Titao et ils sont tous cloués sur place. Que ce soit parce qu’ils sont en panne ou parce que le chauffeur est parti dans une autre ville, ceux-ci sont maintenant inutilisables! Donc, si je vous repose la question, es-ce que les Suisses font un travail extraordinaire ici à Titao? Cela n’engage que moi, mais je crois qu’ils n‘ont toujours rien compris!
Pour revenir à nos questions initiales, je crois qu’une bonne balance entre l’aide matérielle et technique est essentielle pour qu’un projet de développement soit durable. Sans le support technique (ex : des formations), les apports matériels sont fréquemment voués à l’échec. Le tracteur en est la preuve. Il faut noter par contre qu’un minimum d’aide matérielle est également essentiel pour que l’apport technique soit efficace. Je parle ici de financement pour les formations et/ou matériels sur lesquels donner ces formations (plateformes multifonctionnels, tracteurs, motopompes, etc.).
Dans le même ordre d’idées, je vais, dans les semaines à venir, aller visiter le village où a eu lieu le projet du GICIUS (regroupement universitaire de Sherbrooke). Pour faire bref, ils ont construit une usine d‘étuvage de riz pour faciliter la tâche des femmes burkinabés. Depuis leur retour au Canada, cette usine a été cadenassée et est depuis inutilisée. Avant de m’avancer trop loin sur le sujet (au risque de choquer certains étudiants de Sherbrooke), je vais effectuer la visite et je reviendrai sur le sujet dans les mois à venir.
Un vieux tracteur gaté qui repose dans la cour de la mairie de
Titao
Divers
Encore une fois, je vous invite à poser vos questions et à me relancer sur n’importe quels sujets. L’accès à l’Internet ici est très limité et je m’excuse d’avance si jamais je ne suis pas en mesure de répondre à vous tous. Merci
-Pascal
