samedi 27 juin 2009

Entraite villageoise et développement

Divers


C’est après avoir terminé ce message que je me rends compte que je ne vous ai pas encore expliqué clairement en quoi consiste mon travail ici et quels moyens j’utilise pour l’accomplir. Dans le prochain message, promis!

Suivi du stage

Faire du dromadaire c’est trop hot! Malgré qu’on ne puisse pas réellement appeler ça le désert (paysage constitué de quelques arbres et d’un peu d’herbes puisque la pluie était tombée la veille), j’ai tout de même trouvé quelques dunes de sable sur lesquelles me hisser avec ma monture. Seul petit problème, le guide, dans lequel on avait une totale confiance, nous a arnaqué d’environ 100 000 FCFA (250 $).


Pas la meilleur mais bon... moi et mon dromadaire en pleine action

Revenus à Ouagadougou, pour se consoler, nous sommes allés regarder le match de qualification pour la coupe du monde 2010 entre le Burkina et la Côte d’Ivoire. Expérience vraiment unique d’autant plus qu’il a fallu travailler très fort pour rentrer dans un stade déjà plein à craquer. C’est du côté ivoirien qu’on a finalement réussi à avoir des sièges. Inutile de vous dire qu’on n’était pas beaucoup de ce côté à supporter le Faso.
Bon, si je vous parle également de l’enterrement de vie de garçon que nous avons organisés pour un stagiaire long terme ISF, vous allez croire que cette retraire n’était pas sérieuse! Nous avons quand même passé deux jours intensifs à faire le point sur le travail que nous avons effectué le mois passé et nos objectifs pour les mois futurs. Nous avons aussi passé une journée à parler des changements fondamentaux que ISF va entreprendre dans les jours à venir autant au niveau de son programme canadien que de son programme outremer.
De plus, la rencontre d’ISF m’a permis de me rendre que je devais maintenant me refocaliser sur mon travail ici. Je pense que ma position actuelle à Titao est excellente pour avoir un impact tangible sur la pauvreté des environs. J’ai un homologue extrêmement compétent, les gens ici sont très ouverts aux innovations et la ville est très dynamique au niveau du développement. Je crois que c’est désormais à ce niveau que je vais aller chercher ma motivation. Qui aurait pu se douter de ça, un Pascal qui, il y a 8 mois, se foutait complètement de ce qui va lui donner l’énergie de continuer aujourd’hui.


Côté personnel

Gourmandise, péché mortel! Après avoir passé un mois à ne manger que du riz, de la farine et de l’eau, je n’ai pas su résister à tout ce que pouvait m’offrir Ouagadougou. Je ne sais pas si c’est les hamburgers, les frites ou le fromage mais, il y a quelque chose dans ce que j’ai mangé dans la capitale du Burkina qui m’a rendu malade. Quoi qu’il en soit, après quelques jours de traitement aux antibiotiques ça va maintenant beaucoup mieux.
Pour le mental, je suis toujours très heureux dans ma nouvelle vie burkinabé. Ce qui me laisse quand même quelques craintes concernant la réaction que je vais avoir à mon retour au Canada. Mais bon, je suis ici pour apprendre et je ne dois pas me freiner pour de telles choses.
J’ai d’ailleurs décidé de quitter Titao le 24 juillet pour aller passer le dernier mois de mon placement dans la brousse avec une famille qui ne parle que mooré. Je veux le faire pour deux raisons. C’est premièrement pour vivre pleinement les réalités de gens les plus pauvres et deuxièmement par défi personnel. Je veux tester ma compréhension du mooré et travailler au champ sur une base quotidienne. Par contre, je ne délaisserai pas pour autant mon travaille avec la Fédération Nationale des Groupement Naams (FNGN).


Développement durable vu de l’intérieur

Maintenant, un petit retour sur l’usine d’étuvage de riz construite par le GCIUS de Sherbrooke. Après avoir réalisé à quel point Titao était loin de tout, j’ai finalement abandonné l’idée d’aller sur place pour faire une étude de terrain. J’ai par contre demandé des questions ici et là pour avoir un bref aperçu de la situation.
Très belle usine, le matériel fonctionne bien et elle est située dans une ville où la transformation du riz est importante. Alors pourquoi les femmes n’utilisent telles pas le cadeau du groupe d’universitaires? Malgré que le problème soit sans doute beaucoup plus complexe que ça, le GCIUS a selon moi omit un détail capital. Les femmes ne peuvent se permettrent le luxe de quitter leur domicile. Il faut également savoir que celles-ci commencent leur journée vers 3-4h et ne la finissent que rarement avant 23h et ce, avec très peu de temps mort. Faire le lavage, s’occuper des enfants, faire à manger, tenir sa cour en ordre, s’occuper de son petit commerce et encore plus, la femme burkinabé doit constamment être à proximité de son domicile. L’usine auraient permis à ces femmes de décharger un peu leur horaire mais leur demandait également l’impossible. Hallucinant comment un seul facteur peu faire échouer un projet d’une telle envergure.

Pour ce qui est du tracteur de Titao, je suis content et en même temps surpris de la tournure des événements. D’abord, l’union paysanne avec laquelle je travaille a été, par elle-même, chercher une formation pour l’utilisation du tracteur chez un village voisin qui possédait déjà cette compétence. Également, mon homologue (collège) a créé plusieurs cahiers permettant de suivre les dépenses/revenus du tracteur. L’union parle même d’un possible amortissement de celui-ci. De mon côté, je pousse pour avoir le manuel d’instruction ainsi que pour aller chercher une formation portant sur l’entretien du tracteur.
En regardant tout le travail effectué par l’union, je me rends compte que ma première analyse de la situation n’était pas tout à fait exacte. En effet, je n’avais pas tenu compte du potentiel de certains « leaders » burkinabés qui sont en mesure de vraiment changer les choses ici. Je crois que c’est précisément à ce niveau qu’il faut se concentrer pour avoir le plus grand impact sur une société. Par exemple, le chef de mon village est, depuis 15 ans, animateur à la fois pour la croix rouge, pour l’alphabétisation et pour le CEF (conseil de gestion). Je suis maintenant persuadé, après avoir vu ces acteurs à l’œuvre, que le développement du Burkina doit passer par ceux-ci. J’aimerais conclure en utilisant un citation tirée du livre Entraide villageoise et développement écrit par Bernard L. Ouédraogo, président de la FNGN: « On entend souvent parler de la pauvreté des ressources de notre pays. C’est un thème qui se passe de commentaires. Mais on oublie d’attirer l’attention sur notre principale richesse cachée : le potentiel humain sous valorisé et mal utilisé de nos villages ».

-Pascal

mardi 16 juin 2009

Grenier de sécurité alimentaire

Divers

Je m’en vais visiter le désert! Désolé d’avoir pris autant de temps pour écrire à nouveau mais je n’ai pas eu l’occasion de revenir en ville avant. C’est en fait pour un réunion d’Ingénieurs Sans Frontière que je retour à Ouagadougou pour ensuite partir, avec les huit autres stagiaires d’ISF, en direction du sahel! Expérience que je vais bien sûr vous faire part dès mon retour.
Pour ce qui est des photos/vidéos, je cherche encore un endroit où je pourrais avoir l’Internet assez rapide pour les uploader. Ne perdez pas patience, ça va venir.
P-s: je n'ai pas eu le temps de corriger les fautes donc soyez indulgeant!


Suivi du stage

Malgré que j’ai vu et vécu une foule d’expériences vraiment tripantes, j’ai décidé de vous parler uniquement de vendredi passé parce que cette journée a été mon coup de cœur depuis mon arriver au Faso.
Premièrement, le vendredi est en partant la journée la plus intéressante de la semaine. Tous les Titaolais sont heureux parce c’est le jour de la grande prière (mon village est presque exclusivement constitué de musulmans), c’est le « grand » marché de Titao où tous les gens des villages voisins viennent faire des affaires et c’est le dernier jour de travail avant la fin de semaine!
Aussi, comme mon collège était parti en ville cette journée là, je me suis retrouvé à vagabonder dans les rues de Titao à la recherche de travail. C’est comme ça que je me suis retrouvé à passer l’avant-midi assis sur un métier à tisser. Sérieusement, je n’aurais jamais pensé que c’était aussi demandant physiquement de tisser un pagne! En fait, je devrais plutôt dire ¼ de pagne puisque c’est tout ce que j’ai réussi à faire en quatre heures de travail. Je comprend maintenant pourquoi les femmes qui travaillent là, bien que très gentilles, ont des biceps plus gros que ma tête. En tout cas, elles ont gagné tout mon respect!


Moi en compagnie d'une "collègue"


Un pagne prend une journée complète de travail continue pour une femme burkinabé

Ensuite, après être retourné chez moi pour manger et être allé prier à la mosquée pour la grande prière, je suis reparti au centre d’artisanat avec la ferme intension de finir mon pagne avant la nuit! Par contre, après seulement quelques minutes de travail, j’ai remarqué des gens courir dans la rue. Aussitôt, sans que je ne comprenne ce qui se passe, les femmes qui travaillaient avec moi m’ont dit que je devais moi aussi prendre la fuite! C’est seulement rendu dans la rue que j’ai compris ce qui se passait réellement. Un nuage rouge, très distinct, qui partant du sol et qui devait faire au moins 200 si c’est pas 300 mètres de haut, se dirigeant droit sur Titao. On pouvait littéralement voir cette tempête de sable avancer vers nous. Malgré une course de plusieurs minutes (avec un immense sourire naïf aux lèvres), il était trop tard. Le vent commença à souffler extrêmement fort et soudain tout devient noir. Je me sentis tirer par le bras et me suis retrouvé dans un petit entrepôt avec une quinzaine d’inconnus. C’est dans cet endroit que pendant une heure nous avons causé en attendant que la tempête passe. Expérience énormément bénéfique pour mon mooré puisque personne ne parlait français dans l’entrepôt.
J’ai finalement rejoins ma famille à leur magasin. Comme si de rien était, malgré les toitures arrachées et les débris dans la rue, les gens étaient ressortis et avaient recommencé leurs affaires. La journée s’est terminée avec la préparation et la consommation, au plaisir de tout ma famille, d’un coq que j’ai acheté au marché durant la matinée.

Voilà, j’aurais aimé vous parler de mes expéditions dans la brousse avec les enfants, des mines d’or que j’ai visité (vraiment horribles comme conditions de travail) ou encore de mon travail ici à Titao mais bon, une autre fois.


Côté personnel

« Nasaara » fut les premiers mots de Nafi Sato, la petite dernière du chef de Titao. Signifiant « le blanc » en langue local, je dois avouer que ça ma tout de même assez touché. Bref, au niveau de la vie en village, je ne pourrais pas demander mieux. Je m’entends à merveille avec ma famille d’accueil et avec tout le voisinage.

Aussi, toujours aucun problème de santé à déplorer jusqu’à maintenant. Je suis en très bonne forme et le mental est bon. Je manque toutefois d’un peu de sommeil. Comme il fait très chaud, le seul endroit où je peux bien dormir c’est à la belle étoile. Encore là, si ce n’est pas la pluie ou le vent, c’est la chaleur ou les fourmis qui m’empêchent de bien dormir. Mais bon, rien de dramatique.


Développement durable vu de l’intérieur

Les GSA, un exemple de développement durable? Et bien oui, du moins selon ce que j’ai pu en apprendre. Parfois appelés banques de céréales, les greniers de sécurité alimentaires (GSA) sont des structures misent en place afin de rapprocher les grains des personnes vivant dans les régions rurales. Ainsi, ces gens n’ont plus à parcourir plusieurs kilomètres pour se trouver de quoi nourrir leur famille.

Également, les GSA profitent d’un réseau de contact solide par le biais de la Fédération nationale des groupements Naam (FNGN) et d’outils de planifications. Ils sont donc en mesure d’acheter en masse alors que les céréales sont à bas prix pour les redistribuer généralement durant la période de soudure (juste avant la récolte). Ils peuvent ainsi diminuer le prix de vente ce qui avantage les clients alors que le prix des grains à cet instant est très élevé. Il est cependant intéressant de savoir que les prix varient énormément ici au Burkina et cela représente une problématique majeure pour les GSA.

Aussi, la gestion de chaque grenier est dirigée uniquement par des regroupements de femmes. Conséquences, celles-ci développent leurs capacités de gestion et même, dans certains villages, gagnent un plus grand respect chez les hommes.

Finalement, ce qui fait que ce type de support c’est valu une place dans mon blog est sa source de financement. Contrairement à la plupart des structures que j’ai pu rencontrer jusque là, les GSA vont chercher leurs fonds de roulement dans le crédit. Au début, j’étais assez septique à l’idée. Pourquoi une institution à but non lucratif devrait payer des intérêts pour son financement. C’est après avoir discuté plus en détail avec l’animateur GSA que je me suis rendu compte à quel point ce procédé était intéressant. Avec un crédit à 7% d’intérêt, les femmes sont en mesure de rembourser les sommes dues mais encore plus intéressant, elles sont autosuffisantes. En effet, un coup implantées, ces structures n’ont plus besoin de support financier. Plus besoin de rechercher constamment des bailleurs de fonds (donateurs) et par le fait même être à la merci d’un probable retrait de leurs subventions. Voilà, contrairement aux multiples structures qui ont besoin d’un apport financier constant, les GSA sont selon moi un exemple de durabilité. Qu’en pensez vous?

-Pascal