C’est après avoir terminé ce message que je me rends compte que je ne vous ai pas encore expliqué clairement en quoi consiste mon travail ici et quels moyens j’utilise pour l’accomplir. Dans le prochain message, promis!
Suivi du stage
Faire du dromadaire c’est trop hot! Malgré qu’on ne puisse pas réellement appeler ça le désert (paysage constitué de quelques arbres et d’un peu d’herbes puisque la pluie était tombée la veille), j’ai tout de même trouvé quelques dunes de sable sur lesquelles me hisser avec ma monture. Seul petit problème, le guide, dans lequel on avait une totale confiance, nous a arnaqué d’environ 100 000 FCFA (250 $).
Pas la meilleur mais bon... moi et mon dromadaire en pleine action
Revenus à Ouagadougou, pour se consoler, nous sommes allés regarder le match de qualification pour la coupe du monde 2010 entre le Burkina et la Côte d’Ivoire. Expérience vraiment unique d’autant plus qu’il a fallu travailler très fort pour rentrer dans un stade déjà plein à craquer. C’est du côté ivoirien qu’on a finalement réussi à avoir des sièges. Inutile de vous dire qu’on n’était pas beaucoup de ce côté à supporter le Faso.
Bon, si je vous parle également de l’enterrement de vie de garçon que nous avons organisés pour un stagiaire long terme ISF, vous allez croire que cette retraire n’était pas sérieuse! Nous avons quand même passé deux jours intensifs à faire le point sur le travail que nous avons effectué le mois passé et nos objectifs pour les mois futurs. Nous avons aussi passé une journée à parler des changements fondamentaux que ISF va entreprendre dans les jours à venir autant au niveau de son programme canadien que de son programme outremer.
De plus, la rencontre d’ISF m’a permis de me rendre que je devais maintenant me refocaliser sur mon travail ici. Je pense que ma position actuelle à Titao est excellente pour avoir un impact tangible sur la pauvreté des environs. J’ai un homologue extrêmement compétent, les gens ici sont très ouverts aux innovations et la ville est très dynamique au niveau du développement. Je crois que c’est désormais à ce niveau que je vais aller chercher ma motivation. Qui aurait pu se douter de ça, un Pascal qui, il y a 8 mois, se foutait complètement de ce qui va lui donner l’énergie de continuer aujourd’hui.
Côté personnel
Gourmandise, péché mortel! Après avoir passé un mois à ne manger que du riz, de la farine et de l’eau, je n’ai pas su résister à tout ce que pouvait m’offrir Ouagadougou. Je ne sais pas si c’est les hamburgers, les frites ou le fromage mais, il y a quelque chose dans ce que j’ai mangé dans la capitale du Burkina qui m’a rendu malade. Quoi qu’il en soit, après quelques jours de traitement aux antibiotiques ça va maintenant beaucoup mieux.
Pour le mental, je suis toujours très heureux dans ma nouvelle vie burkinabé. Ce qui me laisse quand même quelques craintes concernant la réaction que je vais avoir à mon retour au Canada. Mais bon, je suis ici pour apprendre et je ne dois pas me freiner pour de telles choses.
J’ai d’ailleurs décidé de quitter Titao le 24 juillet pour aller passer le dernier mois de mon placement dans la brousse avec une famille qui ne parle que mooré. Je veux le faire pour deux raisons. C’est premièrement pour vivre pleinement les réalités de gens les plus pauvres et deuxièmement par défi personnel. Je veux tester ma compréhension du mooré et travailler au champ sur une base quotidienne. Par contre, je ne délaisserai pas pour autant mon travaille avec la Fédération Nationale des Groupement Naams (FNGN).
Développement durable vu de l’intérieur
Maintenant, un petit retour sur l’usine d’étuvage de riz construite par le GCIUS de Sherbrooke. Après avoir réalisé à quel point Titao était loin de tout, j’ai finalement abandonné l’idée d’aller sur place pour faire une étude de terrain. J’ai par contre demandé des questions ici et là pour avoir un bref aperçu de la situation.
Très belle usine, le matériel fonctionne bien et elle est située dans une ville où la transformation du riz est importante. Alors pourquoi les femmes n’utilisent telles pas le cadeau du groupe d’universitaires? Malgré que le problème soit sans doute beaucoup plus complexe que ça, le GCIUS a selon moi omit un détail capital. Les femmes ne peuvent se permettrent le luxe de quitter leur domicile. Il faut également savoir que celles-ci commencent leur journée vers 3-4h et ne la finissent que rarement avant 23h et ce, avec très peu de temps mort. Faire le lavage, s’occuper des enfants, faire à manger, tenir sa cour en ordre, s’occuper de son petit commerce et encore plus, la femme burkinabé doit constamment être à proximité de son domicile. L’usine auraient permis à ces femmes de décharger un peu leur horaire mais leur demandait également l’impossible. Hallucinant comment un seul facteur peu faire échouer un projet d’une telle envergure.
Pour ce qui est du tracteur de Titao, je suis content et en même temps surpris de la tournure des événements. D’abord, l’union paysanne avec laquelle je travaille a été, par elle-même, chercher une formation pour l’utilisation du tracteur chez un village voisin qui possédait déjà cette compétence. Également, mon homologue (collège) a créé plusieurs cahiers permettant de suivre les dépenses/revenus du tracteur. L’union parle même d’un possible amortissement de celui-ci. De mon côté, je pousse pour avoir le manuel d’instruction ainsi que pour aller chercher une formation portant sur l’entretien du tracteur.
En regardant tout le travail effectué par l’union, je me rends compte que ma première analyse de la situation n’était pas tout à fait exacte. En effet, je n’avais pas tenu compte du potentiel de certains « leaders » burkinabés qui sont en mesure de vraiment changer les choses ici. Je crois que c’est précisément à ce niveau qu’il faut se concentrer pour avoir le plus grand impact sur une société. Par exemple, le chef de mon village est, depuis 15 ans, animateur à la fois pour la croix rouge, pour l’alphabétisation et pour le CEF (conseil de gestion). Je suis maintenant persuadé, après avoir vu ces acteurs à l’œuvre, que le développement du Burkina doit passer par ceux-ci. J’aimerais conclure en utilisant un citation tirée du livre Entraide villageoise et développement écrit par Bernard L. Ouédraogo, président de la FNGN: « On entend souvent parler de la pauvreté des ressources de notre pays. C’est un thème qui se passe de commentaires. Mais on oublie d’attirer l’attention sur notre principale richesse cachée : le potentiel humain sous valorisé et mal utilisé de nos villages ».
-Pascal
